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Le rôle de l’Education dans la transition écologique et circulaire : état des lieux et perspectives

Dominique Bonet est Membre élu du Conseil d'Administration du Institut national de l'économie circulaire. Elle est également Maître de Conférences HDR à Aix-Marseille Université où elle a reçu son Phd en Management. Dominique Bonet est aussi professeur au Master GEAI sur le sujet de l'économie circulaire.



La transition écologique, l’économie circulaire, l’écologie industrielle ou l’économie de fonctionnalité n’interrogent pas seulement les entreprises et les organisations sur leurs modes de gestion interne et, leurs relations aux partenaires économiques et sociaux (Lazzeri et al. 2017). L’émergence de nouvelles compétences, voire de nouveaux métiers appelle également le monde académique à se mobiliser pleinement et à jouer son rôle pour préparer les générations futures aux enjeux du 21è siècle. Les établissements d’enseignement supérieur et de recherche et les entreprises du territoire sont-ils préparés à répondre conjointement à ce nouveau défi ? Doit-on créer de nouvelles formations ? Intégrer cette problématique dans les formations existantes ? Peut-on répondre aux demandes des entreprises par des actions de formation tout au long de la vie ? Ce texte présente le constat et les enjeux pour le monde académique, les pistes de réponses en termes de formation à la transition écologique. Depuis la rentrée 2019, les étudiants et acteurs de l’enseignement supérieur se font entendre pour demander au gouvernement et aux établissements des mesures concrètes face à l’urgence climatique[1]. L’une de ces mesures concerne plus particulièrement la formation de tous les étudiants, à l’économie circulaire et au management durable. Le Rapport du Shift Project publié au printemps 2019 avait souligné le retard de l’enseignement supérieur français quant à la prise en compte des enjeux écologiques dans les formations. Les tribunes publiées depuis accentuent ce besoin et cette demande de transformation de l’enseignement supérieur de la part des étudiants et des acteurs de l’enseignement supérieur. Face à cette multitude d’enjeux, notre propos est centré sur la formation à l’Economie circulaire que nous qualifierons d’approche opérationnelle de la mise en œuvre du développement durable.


Constat et enjeux pour l’université et les entreprises


Les questions du développement durable, les enjeux climat-énergie sont encore peu enseignés, et a fortiori dans les formations post-bac, qui accueillent chaque année 6,5 % de la population « en âge de travailler » (15-64 ans).


En effet, une étude récente menée par le Shift Project [2] auprès de 34 établissements de l’enseignement supérieur montre que 76 % des formations ne proposent aucun cours abordant les enjeux climat-énergie à leurs étudiants. Dans les 24 % de formations restantes, moins de la moitié (11 %) proposent au moins un cours obligatoire pour les étudiants abordant le sujet. Et pour cause, le code de l’éducation comme les autres textes réglementaires concernant les missions de l’enseignement supérieur, ne mentionnent pas la responsabilité des établissements en la matière.


Les mobilisations étudiantes de ces derniers mois et les signataires du « Manifeste étudiant pour un réveil écologique »[3] appellent non seulement les pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités, mais réclament également d’être formés à ces enjeux, afin de pouvoir eux-mêmes s’en saisir dans le monde du travail et leurs carrières professionnelles[4].


Des enjeux pluridisciplinaires, nécessitant de revisiter les formations


Les questions de sociétés émergentes concernent de grands enjeux : dérèglement climatique, épuisement des ressources, pauvreté, faim dans le monde, …autant d’objectifs de Développement durable qui doivent être abordées selon une approche interdisciplinaire, dans toutes les formations. L’économie circulaire permet d’aborder la question du Développement durable à l’aide de modèles d’affaires opérationnels et opératoires et peut se décliner en une série de formations pratiques. Face à la difficulté à former au « nouveau » avec son lot d’incertitude et d’insuffisance de modélisation, l’enjeu du système éducatif est de revisiter ses pratiques de formation.

Les formations sont insuffisamment pluridisciplinaires. Certes, il existe des formations en environnement, en développement durable, en santé publique, en médiation (culturelle), en RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) et en ESS (Economie Sociale et Solidaire) mais l’articulation entre les Sciences Humaines et Sociales et les Sciences dites dures est insatisfaisante (Faye et al. 2017). Les universitaires de secteurs différents se connaissent peu ou mal, souvent ne parlent pas le même langage. Ainsi, la première réunion interdisciplinaire consiste généralement à définir conjointement les termes tels qu’écosystème, écologie, approche sociologique, chacun mettant derrière ces mots une vision héritée de sa propre formation.


Les entreprises et les universités concernées


Les entreprises et les professionnels au sein de leurs structures respectives sont aussi un facteur important d’évolutions individuelles, d’où le rôle fondamental de la formation comme moteur potentiel de l’émergence au niveau sociétal de l’économie circulaire et au-delà du développement durable. Notons qu’il est également question des conditions de travail et l’enjeu de la qualité de vie au travail. Il existe toutefois une grande hétérogénéité parmi les entreprises, entre absence de connaissance, scepticisme et engagement dans le développement durable.

Se pose enfin la question de l’accès à l’information, de la valorisation et de la modélisation. Face à ce constat intersectoriel, la montée en compétences et surtout une plus grande polyvalence demandée aux professionnels entrainent une modification dans l’expression des compétences. Elles suscitent aussi et surtout des postures et compétences non-techniques et transversales : capacité à s’inscrire dans un cadre collectif et à coopérer, capacité d’adaptation, sens critique, autonomie, …

En matière de formation, cela suppose une adaptation transversale plutôt qu’une approche modulaire (Faye et al. 2017). La démarche holistique devient ainsi un critère essentiel dans l’élaboration d’une offre de formation. Cela suppose aussi de donner du sens au métier concerné et à ses évolutions, d’où l’importance de la sensibilisation pour une culture commune de l’économie circulaire et du développement durable et de ses implications dans le secteur professionnel ou le métier concerné.


Comment répondre aux besoins en compétences et en formations de l’économie circulaire ? Du plan vert à l’éducation au développement durable


Pour Jeziorski et al. (2015), les formations universitaires connaissent des évolutions rapides dans le cadre de l'éducation au développement durable (EDD). Relayées par les instances européennes, puis les Etats, les exigences envers les universités se sont progressivement accrues. En France, les établissements d'enseignement supérieur élaborent depuis la rentrée 2009, un "Plan vert" pour les campus[6].


Le Plan Vert permet aux établissements de l'enseignement supérieur d'intégrer le développement durable dans leur fonctionnement et dans leurs enseignements. L’article 55 de la loi Grenelle 1 stipule que « les établissements d’enseignement supérieur élaboreront, pour la rentrée 2009, un « Plan Vert » pour les campus. Les universités et grandes écoles pourront solliciter une labellisation sur le fondement de critères de développement durable… ».

Mais les établissements supérieurs doivent ouvrir la voie par l'éducation au développement durable. Dans ce cadre de l'intégration institutionnelle de l'éducation au développement durable, les formations universitaires connaissent donc des évolutions rapides, mais elles se heurtent ou s'appuient sur les spécificités de chaque pays, lesquelles peuvent être institutionnelles, financières, culturelles. Wals et Blewitt (2010) fournissent une analyse intéressante sur la mise en œuvre du développement durable dans l'enseignement supérieur et concluent que les établissements entrent dans une "third wave", (après la vague environnementale et la vague du campus vert) qui est focalisée sur l'enseignement et l'apprentissage du développement durable. Pour ces auteurs, l'éducation environnementale et l'éducation pour le développement durable devraient-elles changer les comportements des élèves ou doivent-elles se concentrer sur l'amélioration de l'environnement ? Sur le renforcement des capacités et la pensée critique ?


Des compétences plurielles


En matière de compétences, l’enjeu est de former à la capacité à s’inscrire dans un système holistique, à la coopération, à l’interdisciplinarité, à l’adaptation à la nouveauté et à l’incertitude, à l’évaluation et la transmission de l’immatériel. Récemment, le « Groupe technique sur les compétences (GTC) en DD », piloté par la Conférence des Grandes écoles et la Conférence des Présidents d’Université a proposé une nouvelle version d’un référentiel sur les compétences en matière de développement durable dans l’enseignement supérieur. Ce référentiel distingue cinq méta-compétences caractéristiques d’une éducation au développement durable : Compétences collectives, vision prospective, vision systémique, compétences en termes de responsabilité et d’éthique, changements (accompagnement, suivi, initiation…).

Il convient d’intégrer dans les formations existantes une sensibilisation au développement durable, à l’économie circulaire, à l’économie de la fonctionnalité… au travers de modules spécifiques ou en intégrant dans la formation ces notions sous forme d’un fil directeur. Lors de l’élaboration de l’offre de formation, il faut s’inscrire dans une nouvelle approche par métiers et compétences plutôt que par diplômes. Les MOOCs, badges et accréditations vont dans ce sens. L’enseignement digital du 21e siècle et les réseaux sociaux et communautés de partage contribueront efficacement à la sensibilisation et au partage des initiatives et des bonnes pratiques, attendues ardemment aujourd’hui par la société.


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